2a57f4925893a040cbdcb9106cbf026e

Les Français doivent abandonner leurs «barrières inutiles» contre les autres langues

Récemment, la ministre française de la culture Fleur Pellerrin fit un volte-face en ce qui concerne les lois maintenues par l’Académie Française protégeant la langue française contre les envahisseurs étrangers.

Dans la plupart des endroits cela aurait à peine fait de bruit. En France, ce fût presque révolutionnaire.

“Le pays ne devrait pas être effrayé des mots étrangers et devrait considérer les influences extérieures comme enrichissantes. Sa langue a besoin de s’ouvrir au monde réel et ne pas construire de barrières contre la diversité linguistique. » a déclaré la ministre de la culture Fleur Pellerin.

L’Académie Française est souvent ridiculisée quand elle essaie de trouver des alternatives en français à des termes anglais populaires et très largement utilisés, y compris : weekend (fin de semaine), email (courriel), et sub-prime (prêt hypothécaire à risque).

Mme Pellerin, qui parle français, allemand et anglais, a clairement montré son désaccord avec la loi de 1994 qui cherche à protéger les Français des envahisseurs étrangers et qui insiste sur le fait que tout panneau ou toute publicité « devrait être écrite en français ».

« Le français n’est pas en danger et ma responsabilité en tant que ministre n’est pas de lever des barrières inutiles contre les autres langues mais de donner à nos citoyens les moyens de les faire vivre. » a déclaré Pellerin.

« Une langue est en constant mouvement» a-t-elle ajouté au lancement de la Semaine de La Langue Française et des Francophonie, une série d’évènements à travers les 70 pays francophones du monde. On estime qu’il y a environ 274 million de francophones sur les cinq continents et les spécialistes des langues pensent que ce nombre atteindra les 700 millions d’ici à 2050.

“Certaines langues telles que l’anglais d’aujourd’hui et l’italien anciennement, se sont montrées particulièrement généreuses en offrant au français des centaines de nouveaux mots » a dit Pellerin. Cependant, elle concéda que certains termes n’avaient simplement pas de sens en français, en particulier ceux en lien avec le monde digital, par exemple « email » ou « e-commerce ». En effet en anglais le son « i » est représenté par la lettre « e » mais pas en français.

« Le mot e-commerce, par exemple, n’a aucun sens en français d’un point de vue linguistique car le ‘e’ n’est pas prononcé de la même manière, donc cela nous demande une réflexion» déclara la ministre.

« Dis-moi dix mots », une exposition nommée pour marquer cette Semaine de la Langue Française,  examinait dix mots français fréquemment utilisés ainsi que leurs racines étrangères et régionales. On trouvait dans cette liste : «amour », qui vient du latin ; «bijou » qui vient du breton ; « abricot », de l’arabe via l’espagnol et le portugais; « valser », de l’allemand ; « bizarre » de l’italien ; et « clown » et « cirque » de l’anglais. Néanmoins l’exposition rappelle utilement qu’entre le XXIème et le XVème siècle une grande majorité de la langue anglo-normande utilisée en Angleterre venait du français.

url L’Académie Française et ses quarante membres, fondée en 1635 par le Cardinal Richelieu le premier ministre de Louis XIII, est chargée « de définir […] et élaborer […] en déterminant l’usage du français », elle est aussi célèbre pour ses tentatives de rejet de l’envahisseur anglophone. L’Académie est composée d’écrivains, de linguistes, d’historiens et de philosophes et son affiliation est valide à vie.

L’écrivain québécois Dany Lafferrière, présent au lancement de la Semaine des Francophonies avec Pellerin, et qui est aussi un « immortel », a déclaré à l’audience qu’il fallait transmettre le français aux générations futures.

« Nous devons écrire, lire, raconter des histoires, dire à nos voisins quels livres nous aimons ; une langue doit avant tout vivre sinon ce n’est qu’une idéologie » a-t-il dit.

Alan Rey, auteur du Dictionnaire Historique de la Langue Française et membre de la commission générale de terminologie et néologie (un groupe comptant 17 professeurs, linguistes et scientifiques, entre autres) affirme que les mots vont et viennent entre pays.

Il donne l’exemple d’un mot anglais, « challenge », qui dit-il serait absurde de rejeter étant donné que c’est un mot d’origine française. Faire passer des lois pour rendre illégaux des mots étrangers revient à « se battre contre des moulins à vents » a-t-il ajouté.

Les plus récentes propositions de la commission sont « mot-dièse » pour « hashtag », « mégadonnées » pour « big data » et « éreintage » pour « bashing ». Les suggestions de l’Académie ne sont pas toujours populaires : « diffusion pour baladeur », publiée en 2006 dans le journal officiel , était une idée pour un équivalent français de « podcasting » et elle n’a jamais aboutie.

Plus tard, Pellerin déclara à une réunion de l’Anglo-American Press Association à Paris : « L’anglais m’a toujours fasciné car il est facile de créer de nouveaux mots ou d’en assembler deux ensemble afin d’en créer un autre. » Elle ajouta que son mot anglais préféré est « serendipity », qui a depuis peu sa traduction française : « sérendipité » : Capacité, art de faire une découverte, scientifique notamment, par hasard.

 

Traduit de l’article de Kim Willsher (12 mars 2015) publié dans The Guardian

 

 

 

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *